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64 LES MENDIANTS RICHES fiers ; et il se trouve des gens à qui cela paraît beau, quoiqu’on ne puisse rien voir de plus insensé | L’Aubergiste. Bien plus, il ne manque pas d’honnétes bourgeois qui s’efforcent de les imiter. Conrad. Et si quelqu’un s’avisait d’imiter la parure des Indiens, qui se vêtent de plumes d’oiseaux, tous les enfants ne le prendraient-ils pas pour un insensé? L’Aubergiste. Assurément. Conrad. Pourtant ce que nous admirons est cent fois plus insensé que ne le serait cet homme-là. Or, s’il est vrai qu’il n’y a rien de si absurde que l’usage ne recommande, on ne peut nier non plus qu’il y a dans les habits une décence qui, pour les esprits raisonnables et intelligents, est toujours de la décence, et, par contre, une indécence que tous les gens sensés doivent reconnaître. Qui ne rit, en effet, en voyant des femmes chargées d’une longue robe trainante, et qui mesurent la noblesse de leur race à la longueur de leur queue? D'ailleurs, certains cardinaux ne rougissent pas de les imiter dans la forme de leurs manteaux. Et cependant la coutume est une chose si tyrannique qu’il n’est permis à personne de changer ce qui est reçu. L'Aubergiste. En voilà assez sur la coutume. Mais dites-moi votre avis : lequel préférez-vous, que les moines ne diffèrent point des autres par l’habit ou qu’ils en diffèrent? Conrad. J'avoue qu’il me semble plus naturel et plus chrétien d’estimer quelqu’un non sur son habit, mais parce qu'il est honnête et vertueux. L’Aubergiste. Pourquoi ne quittez-vous donc pas vos frocs?