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141 dire. En effet, un homme qui aime avec transport ne vit plus en lui; il existe tout entier dans l’objet aimé. Plus il sort de lui-même pour s'identifier avec la personne qu’il aime, plus il est heureux. Lorsque l’esprit va comme voyager loin de son corps et cesse d’en diriger les organes, on appelle cela folie. Autrement, que signifieraient ces expressions vulgaires : « Il est hors de lui-même; revenez à vous; il est rendu à lui-même » P? Le degré de la folie, et du bonheur qui en est l'effet, dépend de celui de l’amour. Cela posé, voyons quelle sera la vie des âmes bienheureuses, à laquelle les vrais dévots aspirent si ardemment. L'esprit, plus fort et victorieux, absorbera le corps qui, ayant été épuré et préparé, dans sa vie mortelle, à subir ce changement d’état, ne résistera pas à un vainqueur qui est comme dans son empire. L'esprit lui-même sera absorbé en Dieu, dont la force est infiniment supérieure. Ainsi, tout l’homme sera hors de lui-même, et ne sera heureux qu’autant que, confondu avec le bien suprême qui attire tout à lui, il en recevra d’ineffables écoulements. Quoique cette félicité ne doive avoir son complément qu'après que l’âme et le corps réunis jouiront en commun de l’immortalité bienheureuse, cependant, comme les saints en font l’objet de leurs méditations, et que leur vie en est une image, ils en ont sur la terre une jouissance anticipée. Ce n’est qu’une goutte, en comparaison de l’océan de bonheur qui est au terme. Mais cette goutte est infiniment plus délicieuse que