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vérité ni en jouir. Platon définit la philosophie sous
le nom de méditation de la mort, parce qu’elle fait
en partie ce que fait la mort. Elle détache l’âme des
objets sensibles et matériels. Lorsque l’âme fait un
usage régulier des organes du corps, on dit qu’elle est
en bon état. Si,ennuyée de ses fers, elle veut les briser
et se mettre en liberté, ces efforts sont réputés folie.
Elle passe pour avérée quand, en même temps, il y a
maladie et dérangement des organes. Cependant nous
voyons ces fous parler des langues qu’ils n’ont jamais
apprises,annoncer l’avenir,et donner des signes d’hom¬
mes inspirés. Cela vient indubitablement de ce que
leurs âmes, moins dépendantes du corps, commencent
à jouir de leur force naturelle. La même cause produit
des effets semblables dans les mourants : ils parlent
comme des hommes éclairés par le ciel. Si c’est zèle
pieux qui exalte ainsi les âmes, ce n’est pas la même
folie; mais c’est quelque chose de si approchant, qu’en
général tout le monde s’y trompe. Pauvres hommes!
Il y en a bien peu qui aient constamment d’autres
yeux que la foule des mortels. Ils sont dans le cas de
ceux que Platon suppose dans sa caverne allégorique.
Retenus là, ils voient des fantômes qu’ils admirent.
Un deux, qui a trouvé moyen d’échapper, revient
les joindre, et leur dit qu’ils ne voient que des om¬
bres vaines, et qu’il a vu des choses réelles. Il a pitié
d’eux, il déplore l'illusion dont ils sont dupes. Qu’y
gagne-t-il ? On se moque de lui, on le traite de fou,
on ne l'écoute pas. Le commun des hommes n’a des