OCR
136 our ne pas me perdre dans l’infini et dire tout P en un mot, la religion chrétienne elle-méme paraît avoir de l’affinité avec la folie et être en contradiction avec la sagesse. En voulez-vous des preuves ? Observez d’abord que les femmes, les vieillards, les enfants, les idiots, sont ceux qui naturellement prennent le plus de plaisir aux cérémonies religieuses. Ils ne se croient jamais assez près de l’autel. Vous savez que les premiers prédicateurs de la foi, entièrement dévoués à l’ignorance, furent d’opiniâtres ennemis des lettres. Enfin, il n’y a point de fou qui paraisse l’être davantage que ceux qui sont dévorés du zèle de la piété chrétienne. Ils jettent l’argent, ils oublient les injures, se laissent tromper, aiment autant leurs ennemis que leurs amis, abhorrent la volupté, ne se nourrissent que d’abstinences, de larmes, de pénitences, et semblent dépouillés de tout sentiment humain, comme si leur âme était ailleurs que dans leur corps. N'est-ce pas de la vraie folie P Il ne faut donc pas s’étonner si les apotres furent accusés d’avoir trop bu, et si Festus prit saint Paul pour un homme qui battait la campagne. Puisque j’ai revétu la peau du lion, je poursuivrai, et je vais prouver que la félicité å laquelle les chrétiens tendent par tant de sacrifices, n’est qu’un genre de folie. Grâce pour les mots; attention aux choses. Premièrement, les chrétiens et les platoniciens ont à peu près le même système. Ils disent que l’âme enfoncée dans le corps, garrottée des liens de la matière, ne peut, dans cette obscure prison, ni voir la