mari, au lieu de : Mon âme, s’entendait dire : Imbécile,
cruche, éponge ; la femme : Truie, ganache, pourriture.
Les Muses. Vous dites vrai, mais ces mariages-là
avaient été contractés en dépit des Grâces, tandis
qu'ici la bonté des caractères entretiendra perpétuel¬
lement une affection mutuelle.
Alype. Vous parlez d’une félicité bien rare en ma¬
riage.
Les Muses. Une félicité rare convient à des vertus si
rares.
Alype. Cette noce se fera-t-elle sans Junon et Vénus?
Les Muses. Junon n’y viendra pas; c’est une déesse
acariâtre qui s'accorde rarement avec son Jupiter. On
n’y verra pas non plus la Vénus terrestre et sensuelle,
mais l’autre Vénus céleste, qui consomme l’union des
cœurs.
Alype. Vous me parlez donc d’un mariage stérile?
Les Muses. Nullement; il s’agit d’un mariage de la
plus heureuse fécondité.
Alype. Cette Vénus céleste n’engendre-t-elle pas que
des âmes ?
Les Muses. Non, elle engendre aussi des corps, mais
qui sont soumis à l’âme, comme si vous mettiez du
baume dans un vase orné de pierreries.
Alype. Où est-elle donc?
Les Muses. La voici qui s’avance dans le lointain.
Alype. Je la vois. Grand Dieu! quel éclat! quelle
majestueuse beauté! A côté d'elle Pautre Vénus est
laide.
Les Muses. Vous voyez combien ces Amours sont
modestes; loin d’être aveugles, comme ceux à l’aide