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L’ÉPITHALAME DE PIERRE GILLES. 87 mari, au lieu de : Mon âme, s’entendait dire : Imbécile, cruche, éponge ; la femme : Truie, ganache, pourriture. Les Muses. Vous dites vrai, mais ces mariages-là avaient été contractés en dépit des Grâces, tandis qu'ici la bonté des caractères entretiendra perpétuellement une affection mutuelle. Alype. Vous parlez d’une félicité bien rare en mariage. Les Muses. Une félicité rare convient à des vertus si rares. Alype. Cette noce se fera-t-elle sans Junon et Vénus? Les Muses. Junon n’y viendra pas; c’est une déesse acariâtre qui s'accorde rarement avec son Jupiter. On n’y verra pas non plus la Vénus terrestre et sensuelle, mais l’autre Vénus céleste, qui consomme l’union des cœurs. Alype. Vous me parlez donc d’un mariage stérile? Les Muses. Nullement; il s’agit d’un mariage de la plus heureuse fécondité. Alype. Cette Vénus céleste n’engendre-t-elle pas que des âmes ? Les Muses. Non, elle engendre aussi des corps, mais qui sont soumis à l’âme, comme si vous mettiez du baume dans un vase orné de pierreries. Alype. Où est-elle donc? Les Muses. La voici qui s’avance dans le lointain. Alype. Je la vois. Grand Dieu! quel éclat! quelle majestueuse beauté! A côté d'elle Pautre Vénus est laide. Les Muses. Vous voyez combien ces Amours sont modestes; loin d’être aveugles, comme ceux à l’aide