Les Muses. Une noce sainte, pure, chaste, à laquelle
Pallas elle-même ne rougirait pas d’assister, et où cer¬
tainement elle se trouvera.
Alype. Ne puis-je savoir le nom de l’époux et de
l’épousée ?
Les Muses. Vous avez sans doute entendu parler de
ce charmant jeune homme qui connaît à fond toutes les
plus fines délicatesses de la littérature, Pierre Gilles.
Alype. C’est une perle et non un homme.
Les Muses. Il épouse Cornélie, une jeune vierge
digne d’Apollon lui-même.
Alype. Il s’est montré, dès son enfance, un de vos
fervents adorateurs.
Les Muses. Nous lui chanterons donc un épithalame.
Alype. Les Graces danseront-elles?
Les Muses. Non-seulement elles danseront, mais
encore elles uniront ces deux coeurs charmants par les
nœuds indissolubles d’un amour réciproque, afin que
nul sentiment soit de colère, soit d’ennui, ne puisse
naître entre eux. L’une s’entendra appeler perpétuel¬
lement : Ma vie; l’autre à son tour : Mon âme. La
vieillesse même, loin de rien ôter à ce bonheur, ne fera
qu’y ajouter.
Alype. Je serais surpris qu’en vivant de la sorte on
put vieillir.
Les Muses. Vous avez raison, car ce sera la maturité
plutôt que la vieillesse.
Alype. J’en connais beaucoup pour qui, au bout de
trois mois, ces termes caressants avaient singulièrement
changé, et qui, pendant le repas, en guise de mots
aimables faisaient voltiger les assiettes et les plats; le