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XVI LETTRE APOLOGETIQUE

matrien, parce qu'ils ne le comprennent pas. Ils se
moquent du grec, de l'hébreu, et même du latin; et,
bien qu'ils soient plus bétes qu'un äne et qu'ils n'aient
pas le Sens commun, ils se croient la sagesse incarnée.
Ils jugent tout le monde, condamnent, prononcent, ne
doutent de rien, ne sont embarrassés de rien, nigno¬
rent rien. Et pourtant ces deux ou trois individus font
souvent bien du bruit. Quy a-t-il en effet de plus im¬
pudent et de plus entêté que l’ignorance? Ils conspirent
avec aeharnement contre les belles-lettres. Voulant à
tout prix étre quelque chose dans le corps des théolo¬

giens, ils craignent que, si les belles-lettres venaient
à renaître et que le monde se réveillät, on ne saper¬
coive que tels qui jusqu'alors passaient pour tout savoir
ne savent rien. De là leurs cris, leur guerre, leur con¬
Juration contre les hommes qui se vouent aux hautes
études. La Folie leur déplaît parce qu’ils ne savent ni
grec ni latin. Attaquer en passant de pareils êtres, qui
wont rien du théologien, qui ne sont que les histrions
de la théologie, est-ce nuire à l’ordre illustre entre
tous des bons théologiens? Si c’est le zèle de la piété
qui les enflamme, pourquoi en veulent-ils de préfé¬
rence à la Folie? Que d’impiétés, que d’ordures, que
d’abominations, Pogge n'a-t-il pas écrites? Cependant
il passe pour un auteur chrétien et se trouve dans
toutes les poches; on l’a traduit dans presque toutes
les langues. Que d’injures, que d’outrages, Pontan ne
vomit-il pas contre le clergé? Cependant on admire
sa grace et son enjouement. Que d’obscénités dans Ju¬
vénal! Cependant il y en a qui le recommandent même
aux prédicateurs Avec quel outrage Tacite, avec