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138 yeux que pour la matière, et ne voit que cela de réel. Les mystiques, au contraire, toujours détachés de tout ce qui tient à la terre, ne savent que s’élancer vers le ciel. Les mondains songent d’abord aux richesses, ensuite aux délices ; leurs derniers soins sont pour l’âme, à laquelle la plupart même ne croient pas, parce qu’elle n’est pas visible. Les autres sont concentrés en Dieu, qui est le plus simple de tous les êtres, et après Dieu et pour Dieu, dans leurs âmes qui en sont les images. Ils oublient le corps, et regardent les richesses comme des balayures. S'ils sont forcés de les manier, ils le font avec répugnance. Ils les ont comme ne les ayant pas, et les possèdent sans les posséder. Il y a, dans les mêmes choses, des degrés et des caractères qui les diversifient. Quoique tous nos sens tiennent au corps, il y en a de plus matériels les uns que les autres. La vue, l’ouie, le tact, l’odorat et le goût sont purement physiques. La mémoire, l’entendement, la volonté, sont mixtes. Or, où l’âme s’exerce, là est son fort. Les dévots n’exerçant leurs facultés intellectuelles que sur des objets immatériels, ils deviennent étrangers à tout le reste. Le monde, au contraire, ignore les jouissances spirituelles, et ne connaît que celles des sens grossiers. De cette différence vient sans doute ce qu’on lit dans certaine légende, que quelques saints ont bu de l’huile croyant boire du vin. Parmi les passions, il y en a qui sont plus intimes avec le corps,comme l’appétit charnel, la faim, la soif, la colère, l’orgueil, l'envie. Ce sont celles que les