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ÉRASME. 25
viande; les faisant coucher sur des grabats, dans des
chambres humides, et, pour comble, les forcant à
porter l’habit et le capuchon de moine. Plusieurs
jeunes gens, contemporains d’Erasme, en étaient de¬
venus fous, ou aveugles, ou lépreux : quelques-uns
en étaient morts. Lui-même en fut si malade, qu’il
eut beaucoup de peine à se rétablir, et qu’il en aurait
perdu la vie, s’il faut l'en croire, sans la protection de
sainte Geneviève.

Il paraît qu’encore au temps de Rabelais, lequel
publia son livre après la mort d'Érasme, le collége de
Montaigu n'avait rien changé à son régime, car voici
ce qu’en dit Ponocrates, précepteur de Gargantua, au
père de son élève Grandgousier :

«Seigneur, ne pensez que ie laye miz on colliege de
pouillerye quon nomme Montagu : mieulx l’eusse
voulu mettre entre les guenaulx de saint Innocent
pour lenorme cruaulté et villenye que iy ay cognu;
car trop mieulx sont traictez les forcez (forcats) entre
les Maures et les Tartares, les meurtriers en la prison
criminelle, voyre certes les chiens en vostre maison,
que ne sont ces malauctruz on dict colliege. Et si ies¬
tais roy de Paris, le diable m’emport (m’emporte), si
ie ne mettoys le feu dedans et feroys brusler principal
et regens qui endurent ceste inhumanité devant leurs
yeulx estre exercee. »

L’amour des livres et de la théologie avait fait venir
une première fois Érasme à Paris; le régime du col¬
lége de Montaigu et la maladie l'en chassèrent. Il y
revint bientôt pour continuer ses études : cette seconde
fois ce fut la peste qui Fen fit sortir. Il erra en Flan¬