de résister et aux incertitudes d’une vie précaire.
Érasme, qui avait dès ce temps-là un instinct de son
avenir, parla de vendre les lambeaux de terres qui
leur restaient, d'en faire une petite somme, d’aller
aux universités, d'y finir leurs études, et de s’aban¬
donner ensuite à la grâce de Dieu. Son frère, entraîné
par cette confiance, y consentit: ils s’engagérent par
serment à se soutenir l’un l’autre contre leur tuteur;
mais l'aîné y mit la condition qu’Érasme, comme le
plus décidé et le plus habile, se chargerait de porter
la parole. Érasme le voulut bien : «Mais, dit-il, ne va
pas me manquer au moment décisif; car, si je suis
seul, toute la: tragédie retombera sur ma tête. » Le
jeune homme prit les saints à témoin de sa fidélité à
sa parole,
Quelques jours après, Guardian les fit appeler. Il le
prit d'abord sur un ton doux, parlant longuement de
sa tendresse paternelle pour ses pupilles, de son zèle
et de sa vigilance ; après quoi il les félicita de ce qu'il
venait de trouver pour eux une place chez les moines
deux fois canoniques ; c'était un des ordres du temps.
Érasme répondit aux protestations par des remercie¬
ments ; puis, venant au yrai sujet de l'entretien, il dit
que son frère et lui étaient trop jeunes pour prendre
un parti si graye; qu’ils ne pouvaient pas se faire moi¬
nes avant que de savoir ce que c'était qu’un moine;
qu'après quelques années consacrées à l'étude des
lettres, ils verraient à traiter mürement cette affaire ;
qu'un peu de réflexion n’y nuirait pas. Guardian, qui
ne s'attendait pas à un refus, éclata en menaces, el
cet homme, qui s'était fait une réputation. de dou¬