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42 ÉRASME.

ceur, eut peine à retenir ses mains; il traita Érasme
de brouillon, abdiqua la tutelle, disant qu'il ne leur
restait pas un florin, et qu'ils vissent à se procurer de
quoi manger. Ces violences arrachèrent des larmes au
jeune homme, mais n’ébranlérent pas sa résolution.
«Qu'il soit fait comme vous le désirez », dit-il. On se
sépara dans ces termes.

Les menaces ayant échoué, le tuteur changea de
plan; il confia la négociation à son frère, homme doux,
poli et persuasif. Celui-ci fit venir les deux pupilles
dans son jardin; on s'assit, on causa, on versa du vin
aux jeunes gens. Quand les têtes furent émues, le tu¬
teur, après quelques entretiens pleins d'amitié, en
vint à la grande affaire. 1l prodigua les promesses et
les prières; il raconta des merveilles de la vie monas¬
tique; il fit si bien que l'aîné oublia ses serments aux
saints et se laissa faire. Trop de penchants le por¬
taient vers la vie du cloître : il avait l'esprit lent, un
corps robuste, un esprit rusé; il aimait à boire et à
faire pis; il était déjà moine avant d’être novice.

Érasme avait alors seize ans. Il était délicat, fragile,
languissant d’une fièvre quarte; qu’allait-il devenir,
abandonné à lui seul, pauvre, malade? Le tuteur re¬
doublait d’obsessions. 11 déchaîna contre lui des per¬
sonnes de toute qualité, de tout sexe, des moines, des
demi-moines, des parents, des parentes, des jeunes
gens, des vieillards, des gens connus et inconnus. L’es¬
prit du jeune homme était assiégé par toutes ces in¬
fluences. L’un lui faisait un tableau aimable de la tran¬
quillité monastique, insistant sur ses douceurs, sur
ses avantages, « tout de même, dit Érasme, qu’on trou¬