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10 ÉRASMË.

moine le plus ignorant. Cet homme avait un collègue
plus doux, qui aimait Érasme, se plaisait avec lui, et
qui, ’entendant un jour parler de son prochain retour
' dans son pays, essaya de le retenir dans le couvent et
de l'y enrôler, lui faisant toutes sortes de récits de la
vie heureuse qu'il y imènerait, et le prenant par des
caresses, des baisers et de petits présents. Mais l’en¬
fant fit une résistance d'homme : il dit nettement qu'il
attendrait, pour prendre un parti, que sa raison fût
plus avancée. Le moine, homme d’un bon naturel,
n’insista pas. Il n'était pas de ceux qui joignaient aux
moyens de séduction des moyens de terreur, et qui
employaient les exorcismes, les apparitions, les fan¬
tômes, pour ébranler les imaginations faibles, et re¬
cruter pour l'ordre, à l'insu des parents, des jeunes
gens riches et bien nés en qui la crainte avait détruit
la volonté ou altéré la raison.

Revenus à Tergou, Érasme et son frère trouvèrent
Fun des deux tuteurs mort de la peste, sans avoir
rendu ses comptes. Le second, occupé de son com¬
merce, s’inquiétait peu de ses pupilles. Guardian était
devenu par la suite seul maître d'eux et du peu qui
leur restait. Il commenca à parler très-fortement du
projet de les engager dans l’église. Immoler deux vic¬
times d’un coup, c'était, pensait-il, se faire deux ti¬
tres a la vie bienheureuse. Erasme , pour mieux lui
tenir téte, concerta un plan de résistance avec son
frére, son ainé de trois ans; lui-méme avait alors
quinze ans. Ce frére était faible, il avait peur de Guar¬
dian, et, se voyant pauvre, il aurait volontiers souf¬
fert qu’on disposät de lui, pour échapper à la difficulté