PRÉFACE
Ii eft vrai, qu’Erafme avoit un ta-¬
lent tout extraordinaire pour la Mo-¬
rale : il ſemble que la Nature avoit
choifi pour en faire un prodige dans
ce genre-la ; & il y auroit:une efpe¬
ce de témérité., d’afpirer à la perfe-¬
Gtion de ce fameux Cenfeur du Gen-¬
re-Humain.. I! avoit au fuprême de-¬
gré, les qualitez requifes pour peindre
au naturel cet Animal défectueux 5».
difforme, & tout contradictoire, qui.
s'apelle Homme: un génie ſupérieur»
étendu , pénétrant, vif , tout-a-fait®
Heureux. Mais, à mon ſens „l'endroit:
par où il brille le plus, ceft-fon cn-¬
jouément.. Badinant fur tous les ri-¬
dicules qu'ilrencontre enfonchemin,
fes railleries font {i bien affaifonnées
de grace & de délicatefle , de bon:
ſens & de modération „qu’on ne fau-¬
roit decider fi. l’agréable y domine
für utile „ou fi l'utile l'emporte fur:
l'agréable. Ses pointes ne piquent:
point les gens d’efprit ; fon. fel welt ¬
apre que pour les fots ; & on peut:
nommer. ſon ingénieuſe. Satire , une:
enye¬