L’Aubergiste. Connaissez-vous l’art de la chiro¬
mancie ?
Conrad. Du tout.
L’Aubergiste. Qui vous fournit donc de quoi vivre?
Conrad. Celui qui l’a promis.
L’Aubergiste. Quel est-il?
Conrad. Celui qui a dit : Ne soyez point en peine,
tout cela vous sera donné par surcroit.
L’Aubergiste. Il l’a promis, mais à ceux qui cherchent
le royaume de Dieu.
Conrad. C'est ce que nous faisons autant qu’il est en
nous.
L’Aubergiste. Les apôtres se distinguaient par leurs
miracles; ils guérissaient les malades : il n’est donc
pas étonnant qu’ils aient trouvé partout de quoi vivre.
Vous ne pouvez rien de semblable.
Conrad. Nous le pourrions si nous ressemblions
aux apôtres et si la circonstance exigeait un miracle.
Les miracles ont été offerts pour un temps aux incré¬
dules; aujourd’hui, il n’est besoin que de vivre sain¬
tement. Souvent il vaut mieux être malade qu’en bonne
santé; souvent la mort est préférable à la vie.
L’Aubergiste. Que faites-vous donc?
. Conrad. Ce que nous pouvons. Suivant le talent que
Dieu nous a donné, nous-consolons; nous exhortons,
nous avertissons, nous reprenons, quand l’occasion
s’en présente. Nous préchons.quelquefois lorsque nous
rencontrons des pasteurs muets. S’il ne nous est pas
donné d’étre utiles, nous tachons de ne scandaliser per¬
sonne par nos mœurs et par notre langue.