Pampire. Oui, et méme avec deux domestiques, tant
il y a partout des fous et des folles! Cependant, en al¬
lant à Jérusalem, je m'étais attaché à la suite d’un
grand seigneur très-riche qui, âgé de soixante-dix ans,
disait qu’il ne mourrait pas tranquille sans avoir vu
Jérusalem.
Eusèbe. Il avait laissé sa femme à la maison ?
Pampire. Et de plus six enfants.
Eusèbe. O le vieillard pieusement impie! Êtes-vous
revenu saint de là-bas?
Pampire. Voulez-vous que je vous dise la vérité?
J'en suis revenu un peu plus mauvais que je n’y étais
allé.
Eusèbe. Ainsi, d'après cela, votre amour de la reli¬
gion s’est éteint.
Pampire. Au contraire, il s’est rallumé de plus belle.
Aussi, de retour en Italie, je me suis fait soldat.
Eusèbe. Était-ce pour chercher la religion è la
guerre, qui est la chose la plus abominable?
Pampire. C’était une guerre sainte.
Eusèbe. Peut-être contre les Turcs?
Pampire. Non, il s’agissait d’une chose encore plus
sainte que celle-là, comme on le préchait alors.
Eusèbe. Quoi donc?
Pampire. Jules II était en guerre contre les Fran¬
cais. D’ailleurs, la vie des camps me mettait à même
d’expérimenter bien des choses.
Eusèbe. Bien des choses mauvaises.
Pampire. Je Pai reconnu depuis. Toutefois, j’ai vécu
là plus durement que dans les monastères.
Eusébe. Que fites-vous ensuite?