eux une croix. Ce signe me plut aussitôt; mais la va¬
riété embarrassait mon choix : les uns la portaient
blanche, les autres rouge; ceux-ci verte, ceux-là bi¬
garrée; d’autres simple, d’autres double; quelques¬
uns quadruple, d’autres ornée de différentes figures.
Pour ne rien laisser à essayer, je pris presque toutes les
formes. Mais j’acquis la conviction qu’il y avait une
différence immense entre porter la croix sur son man¬
teau ou sa robe et la porter dans son cœur. Enfin, las
de chercher, je me dis : Pour arriver d’un seul coup
au comble de la sainteté, je ferai un voyage en terre
sainte, et je reviendrai à la maison chargé de sainteté.
Polygame. Est-ce que vous y êtes allé?
Pampire. Parfaitement.
Polygame. Comment faisiez-vous pour vivre?
Pampire. Je m'étonne que vous songiez seulement
maintenant à me faire cette question et que vous ne
me l'ayez pas adressée beaucoup plus tôt. Vous con¬
naissez le proverbe : Toute terre nourrit l’art.
Glycion. Quel art promeniez-vous ?
Pampire. La chiromancie.
Glycion. Où l’aviez-vous apprise ?
Pampire. Qu'importe?
Glycion. Sous quel maître?
Pampire. Sous celui qui enseigne tout, la faim. Je
prédisais le passé, l’avenir, le présent.
Glycion. Et vous étiez capable?
Pampire. Pas le moins du monde; mais je devinais
hardiment et en toute sûreté, attendu que je me faisais
payer d’avance.
Polygame. Un art si ridicule pouvait-il vous nourrir ?