Glycion. J’y ai songé, mais je m'étais marié pour
avoir des enfants, je ne me suis pas remarié, dans leur
intérêt.
Polygame. Il est pourtant triste de coucher seul
toutes les nuits.
Glycion. Rien n’est difficile quand on veut. Puis ré¬
fléchissez à tous les avantages qu'offre le célibat. Il y a
des gens qui ne prennent dans toute chose que ce
qu'il y a de désagréable, témoin ce Cratès auquel on
attribue une épigramme résumant les maux de la vie.
Ils adoptent cette maxime : Il vaut mieux ne pas naître.
Moi, je préfère Métrodore, qui en tout et partout
prend ce qu’il y a de bon. La vie en devient plus
douce. Je me suis fait une loi de ne rien détester ni
souhaiter passionnément. Il en résulte que, si j’obtiens
quelque succès, je n’en suis ni fier ni arrogant, et que
si j éprouve un revers, je n’en souffr pas trop.
Pampire. Certes, vous êtes un philosophe plus sage
que Thalès lui-même si vous faites cela.
Glycion. S’il me survient une contrariété, ce qui arrive
fréquemment dans la vie, je l’efface aussitôt de ma mé¬
moire, que ce soit l’indignation d’une offense ou quel¬
que avanie.
Polygame. Mais il y a des injures qui échauffent la
bile au plus patient, par exemple les offenses des domes¬
tiques.
Glycion. Je veux qu’il n’en reste rien dans ma mé¬
moire. Si je puis y remédier, j’y remédie; sinon je me
dis : A quoi bon me tourmenter pour une chose qui
n’en ira pas mieux? En un mot, j’accorde tout de suite
à la raison ce qu’il faudra un peu plus tard lui accorder.