OCR
28 L'ENTRETIEN DES VIEILLARDS Glycion. J’y ai songé, mais je m'étais marié pour avoir des enfants, je ne me suis pas remarié, dans leur intérêt. Polygame. Il est pourtant triste de coucher seul toutes les nuits. Glycion. Rien n’est difficile quand on veut. Puis réfléchissez à tous les avantages qu'offre le célibat. Il y a des gens qui ne prennent dans toute chose que ce qu'il y a de désagréable, témoin ce Cratès auquel on attribue une épigramme résumant les maux de la vie. Ils adoptent cette maxime : Il vaut mieux ne pas naître. Moi, je préfère Métrodore, qui en tout et partout prend ce qu’il y a de bon. La vie en devient plus douce. Je me suis fait une loi de ne rien détester ni souhaiter passionnément. Il en résulte que, si j’obtiens quelque succès, je n’en suis ni fier ni arrogant, et que si j éprouve un revers, je n’en souffr pas trop. Pampire. Certes, vous êtes un philosophe plus sage que Thalès lui-même si vous faites cela. Glycion. S’il me survient une contrariété, ce qui arrive fréquemment dans la vie, je l’efface aussitôt de ma mémoire, que ce soit l’indignation d’une offense ou quelque avanie. Polygame. Mais il y a des injures qui échauffent la bile au plus patient, par exemple les offenses des domestiques. Glycion. Je veux qu’il n’en reste rien dans ma mémoire. Si je puis y remédier, j’y remédie; sinon je me dis : A quoi bon me tourmenter pour une chose qui n’en ira pas mieux? En un mot, j’accorde tout de suite à la raison ce qu’il faudra un peu plus tard lui accorder.