Dorpius, qui donc a enseigné a votre candeur à calom¬
nier d'une manière aussi perfide? ou, ce qui me paraît
plus vraisemblable, quel est le fourbe qui a abusé de
votre simplicité pour ourdir contre moi cette calomnie?
Ces calomniateurs si dangereux ont pour habitude de
détacher deux mots, pris isolément, souvent méme dé¬
figurés, en omettant tout ce qui adoucit et explique la
rudesse du langage. Quintilien, dans ses Institutions,
signale et enseigne cette ruse. « Il faut, dit-il, produire
notre cause de la facon la plus avantageuse, en accu¬
mulant les preuves et en y joignant tout ce qui peut
l’adoucir, l’atténuer et la seconder; au contraire, il
faut exposer celle de la partie adverse sans rien de
tout cela, et dans les termes les plus odieux qu'il nous
sera possible. » Cet art; ils ne l'ont pas puisé dans les
préceptes de Quintilien, mais dans leur malveillance.
Aussi il arrive souvent que tel passage qui, cité tex¬
tuellement, causerait un plaisir extrême, étant pré¬
senté sous un autre aspect, devient très-offensant. Re¬
lisez, je vous prie, ce passage, et examinez bien par
quelle gradation, par quel enchainement du discours,
Jai été amené a dire que cette félicité était une espèce
de folie. Remarquez, en outre, l'explication que je
donne : vous verrez que cet endroit, loin de contenir
rien de choquant, ne peut que charmer des oreilles
vraiment pieuses. Le scandale est dans votre citation,
et non dans mon livre. En effet, la Folie, voulant ran¬
ger sous sa domination le monde entier et prouver que
tout le bonheur du genre humain dépend d'elle, par¬
court toutes les conditions sociales, jusqu'aux rois et
aux souverains pontifes. Elle passe ensuite aux apô¬