l'encontre. Cette sottise, l'oisiveté et la déférence pour
mes amis en sont la cause, et c'est la seule que j aie
commise dans ma vie. Quel est, l’homme sage à toute
heure? Vous convenez vous-même que mes autres pro¬
ductions sont fort estimées des gens pieux ainsi que
des savants. Quels sont donc ces censeurs si rigides, ou
plutôt ces membres de l'Aréopage, qui ne veulent point
pardonner à un homme une seule ineptie? Par quel
excès d'humeur chagrine, choqués d'un livre qui prête
à rire, dépouillent-ils tout d’un coup un écrivain du
fruit de tant de veilles antérieures? Que de sottises
cent fois plus fortes que celle-là ne pourrais-je pas
relever ailleurs, et méme dans de grands théologiens
qui, inventant des questions pleines de chicane et vides
de sens, bataillent entre eux pour de misérables vé¬
tilles, comme s'il s'agissait de leurs autels et de leurs
foyers! Et encore, ces farces extravagantes, beau¬
coup plus absurdes que les Atellanes, ils les jouent sans
masque. Moi du moins j'ai montré plus de réserve : en
voulant déraisonner, j'ai pris le masque de la Folie, et,
de méme que dans Platon Socrate se couvre le visage
pour réciter les louanges de l'Amour, je remplis mon
rôle sous un déguisement.
Vous dites que ceux même à qui le sujet déplaît
louent le talent, le savoir et l'éloquence qui y règnent,
mais que sa forme trop mordante les blesse. Ces cen¬
seurs m'accordent plus que je ne veux; je ne tiens pas
à ces éloges, surtout lorsqu'ils émanent de gens à qui
je ne reconnais ni talent, ni savoir, ni éloquence.
Car, s'ils possédaient ces qualités, croyez-le bien, mon
cher Dorpius, ils ne s'offenseraient pas tant de badi¬