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Le savant homme qui passe pour le précur¬
seur un peu timoré de Luther, qui fut a la fots le

grand ennemi des moines et le correspondant

des papes et des rois, dont les moindres publi¬

cations senlevaient, humides encore, des mains

de son éditeur Froben pour se répandre dans le

monde des savants et des lettrés, le grave théo¬

logien commentateur et annotateur des Livres

saints et des Péres de l'Église, le puissant érudit,

le dernier maître de la langue latine, en un mot
un des esprits les plus vastes sinon les plus puis¬
sants de la primitive Renaissance, Erasme n’a
laissé qu'un seul ouvrage qui ait véritablement
survécu, et c'est ce court libelle composé pour
tromper l'ennui d'un long voyage, alors qu'il
se rendait d'Italie en Angleterre !

Distrait pendant quelques jours du labeur
acharné qui fut celui de toute sa vie, son esprit
agile samusait à une bagatelle ; et c'est cette
chose légère qui seule surnage après des siècles.
Appliquons-lui son propre latin: Quo nuga¬
ciores nugas scripserit, hoc a pluribus, id est
stultis et indoctis omnibus, probetur. « Z mest
gloire que de balivernes » ; et Rabelais eût
ajouté : « pour ce que le rire est le propre de
l'homme».

Rabelais, ce nest pas le docteur de Mont¬

II