Outre ces hommes d'élite, d'autres encore, inégale¬
ment utiles à l'œuvre commune, composaient cette
armée de dialecticiens, de théologiens philosophes, de
philologues, d’annotateurs, d’éditeurs, dont Érasme
était le roi : royauté agitée, inquiète, comme toutes les
royautés, qui avait ses ennemis et ses flatteurs, ses
idolâtres et ses envieux; qui tomba, presque au mo¬
ment même où Érasme commençait à en jouir, devant
celle d'un homme plus grand que lui, Luther, dont le
nom, après avoir été quelque temps l'égal du sien, de¬
vait enfin le couvrir et l'effacer.
Nous en sommes arrivés Yers l’an 1549. Érasme
est en pleine possession de sa gloire. Trois jeunes
rois, les plus grands de l’Europe, montés sur le
trône environ dans le même temps, Francois I°,
Charles-Quint, Henri VIII, se disputent à qui laura
pour sujet volontaire. Les papes lui écrivent pour
lui mander leur avénement, et lui offrir l’hospi¬
talité publique à Rome. Les petites royautés, à
l'exemple et à l'envi des grandes, les provinces et
les villes à l'instar des royaumes, le convient à ve¬
nir dans leur sein jouir d'un repos glorieux; tout le
monde le flatte, même Luther. Toutes les presses d’Al¬
lemagne, d’Angleterre et d’Italie, reproduisent. ses
écrits; tout ce qui lit ne lit qu'Érasme. Une compa¬
raison qu'il publie entre Budé et Badius, grand philo¬
logue d'alors, fait assez de bruit pour que François 1°"
s'en fasse rendre compte dans son conseil, comme
d'une affaire d’État. Tout ce qui écrit. imite sa manière,
etses adversairesmême ne peuvent l'attaquer qu'en lui
répondant dans son propre style. Le monde, tout plein