« Tirez de la marquise tout ce que vous pourrez,
écrivait-il à Battus ; arrachez, grattez; j'en ferai au¬
tant de mon côté. Je sens combien ce conseil est hon¬
teux et répugne à mon caractère; mais le besoin me
force à essayer de tout. » Mais Battus n’obtenait rien;
son rôle était difficile. Il était précepteur chez la
marquise, et apparemment mal payé, à cause du dés¬
ordre des affaires; il avait à penser à lui avant de
penser à son ami. Érasme recourut à la rhétorique ;
il écrivit à la marquise de Wéere une lettre calculée
pour l'effet. I s'était frotté le front, dit-il, il avait fait
taire ses scrupules, son caractère, cette pudeur vir¬
ginale qui sied à Phomme de lettres; il avait fléchi
sous la nécessité.
La flatterie intéressée l’inspirait mal. Cet homme,
si habile à tourner un compliment librement donné,
qui savait relever les gens sans se rabaisser lui-même,
à peu près sur le ton de Voltaire écrivant aux souve¬
rains, est plat et prétentieux quand ses flatteries sont
des demandes d'argent. Mais est-ce la faute de celui
qui demande ou de celui qui ne tient pas ce qu’il pro¬
met? La marquise de Wéere, qui folåtrait tout à
l'heure avec un amant, la voilà devenue vierge.
Lisez le passage qui explique cette métamorphose :
« Je vous ai envoyé, à vous qui vous appelez Anne,
une hymne que j'ai composée en l'honneur de votre
patronne sainte Anne; ces vers sont de ma jeunesse,
car, dès mes premières années, j'ai rendu un culte
tendre à cette sainte. J'ai joint à ces vers quelques
prières de mon invention, qui pourront vous servir
comme d'enchantements magiques pour faire des¬