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26 ERASME.

deur de reconnaissance qu’un bon feu, le souvenir du
voyage de la veille à travers les neiges, un accueil que
la curiosité seule de la marquise eût rendu obligeant,
quelques promesses peut-être, devaient inspirer à
l'homme que le lecteur connaît déjà, délicat de corps,
facile d'esprit, prenant volontiers les avances pour
des engagements, et l’indifférence pour l’ingratitude.

Un an après, son langage n’était plus le méme.
La marquise avait promis une pension de deux cents
livres, mais Érasme nen avait rien reçu. C'est par
lui que nous devions apprendre que la marquise s’é¬
tait ruinée pour un beau damoiseau, elle qui aurait dû,
dit sérieusement Érasme, s’attacher a quelque homme
grave et imposant, comme il convenait à une femme
de son âge. «Tu déplores que la marquise perde
ainsi sa fortune, écrit-il 4 Battus, l’un de ses amis;
mais tu me parais malade de la maladie d'autrui. Elle
dissipe sa fortune, et tu t'en affliges! Elle joue et ba¬
dine avec son amant, et tu en prends du souci ! Elle
ne peut rien donner, dis-tu, n'ayant rien ! Mais quand
je regarde les causes qui l'empêchent de donner, j'en
conclus qu'elle ne donne jamais rien, car de telles
causes ne manquent jamais aux grands personnages.
Elle a de quoi engraisser l’oisiveté et les débauches
de ces gens à capuchon, effrontés libertins, tu sais qui
je veux dire; et elle n’a pas de quoi assurer le studieux
repos d’un homme qui pourrait laisser des écrits di¬
gnes du regard de la postérité. »

Cependant la nécessité allait le faire tomber dere¬
chef aux genoux de la marquise; depuis sa lettre à
Battus, il lui était arrivé toutes sortes de malheurs.