OCR Output

16 ÉRASME.

sans cesse grelottant. Dans les jours de jeûne ou d'abs¬
tinence de viande, ce repas consistait en poisson ; mais
l'odeur seule du poisson lui donnait la migraine, avec
un mouvement de fièvre. Enfin il avait le sommeil lé¬
ger, se rendormait avec peine, et seulement après
quelques heures : au couvent, il fallait se lever dans
la nuit, pour les offices nocturnes, dont on l'avait
exempté novice. Ses nuits se passaient à se rendormir.

Erasme recommencait à soupirer tout haut pour
la liberté. Mais c'était à qui lui donnerait d’horri¬
bles scrupules : «Ruses de Satan, lui disait l'un, pour
enlever un serviteur à Jésus-Christ. — J'ai eu les mê¬
mes tentations, lui disait l'autre; mais depuis que je
les ai surmontées, je suis comme en paradis. — Il y a
danger de mort, lui insinuait un troisième, à quitter
l'habit; on en a vu qui, pour cette offense envers saint
Augustin, ont été frappés d'une maladie incurable,
foudroyés par le tonnerre, ou qui sont morts de la mor¬
sure d’une vipère. Le moindre des maux qu’on risque,
ajoutait-il, c’est l'infamie qui s'attache à Vapostat. »
Le jeune homme craignait plus la honte que la mort:
cette derniére raison triompha de ses répugnances, et
commeils’était laissé mettre l’habit, il se laissa vêtir du
capuchon. Se regardant dès lors comme un prisonnier,
il chercha des consolations dans l'étude; mais les let¬
tres étant suspectes au couvent, il fallait étudier en ca¬
chette, là où il était permis de s'enivrer publiquement.
Un événement inespéré vint le tirer de sa prison et le
rendre à la vie publique, éclatante, qui l’attendait au
dehors. Je dirai bientôt quel fut cet événement.

On sait quelle est l’influence des premières impres¬