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les hommes, où l'on avait le repos et des livres pour en
occuper les longues heures. C’était l’appât auquel de¬
vait mordre Érasme : du repos et des livres, ce fut là
le goût de toute sa vie. À entendre Cantelius, le cou¬
vent était le jardin des Muses. Érasme sortit fort
ébranlé de ce premier entretien.
A peine rentré dans la ville, de nouvelles attaques ¬
l’attendaient. On lui montra ses amis irrités de son
obstination, et leur amitié tournant à la haine, la mi¬
sère etla faim qui l’attendaient dans le monde, le dés¬
espoir de toutes choses. Il revint voir son nouvel ami.
Cantelius redoubla de soins, lui demanda la faveur de
devenir sonélève, et enfin le décida. Érasme, de guerre
lasse, se réfugia dans le couvent, pour éviter les ob¬
sessions présentes, mais sans dessein de persévérer.
Cantelius mit à profit la science du jeune homme ; ils
passaient les nuits à lire en cachette les auteurs an¬
ciens, entre autres Térence, singulier poëte pour un
couvent. La santé d'Érasme en souffrait. Du reste, son
esprit était assez tranquille ; il aimait cette égalité des
frères. On ne l’obligeait pas aux jeûnes, ni aux offices
de nuit; on ne lui demandait rien, on ne le grondait
pour rien : le plan était que tout le monde lui sourit et
lui montrat de la faveur.
Plusieurs mois s’écoulèrent ainsi dans l'insouciance.
Mais quand] vint le jour de prendre l'habit; Érasme
parla de nouveau de sa liberté ; on lui répondit par de
nouvelles menaces. Cantelius ne négligeait aucun
des moyens qui lui étaient propres: il tenait à ne
pas perdre un précepteur gratuit. Érasme fit vai¬
nement une dernière résistance; à la fin, il tendit