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10 L’ENTERREMENT.

Phèdre. Le malade leur fit dire par sa femme de se
taire un peu, qu’il arrangerait ce différend; il pria donc
les augustins et les carmes de se retirer sur l’heure,
disant qu’ils n’y perdraient rien, car on leur enverrait
chez eux autant de provisions qu’ils en recevraient
en restant là. Il voulut que tous les ordres, même le
cinquième, assistassent à son enterrement, et qu'on
leur distribuât à chacun une somme égale; mais il dé¬
fendit de les admettre au repas commun, dans la crainte
d’occasionner du trouble.

Marcolphe. Voila un homme vraiment ami de l’ordre,
pour avoir su, méme en mourant, calmer tant d’agita¬
tions!

Phèdre. Oh! il avait été pendant plusieurs années
général d’armée. Tous les jours des démélés de ce
genre s’élévent entre les compagnies.

Marcolphe. Il était donc riche?

Phèdre. Puissamment riche.

Marcolphe. Mais d’un bien mal acquis, comme
d’habitude, par des rapines, des sacriléges, des extor¬
sions.

Phèdre. Il est vrai que c’est assez la coutume des
généraux, et je n’oserais jurer que sa conduite ait été
différente de la leur. Cependant, si je connais bien son
caractère, il s'est enrichi moins par la violence que
par son habileté.

Marcolphe. Comment cela ?

Phèdre. II était très-ferré sur l’arithmétique.
Marcolphe. Ensuite ?

Phèdre. Ensuite? Il comptait au prince trente mille