gélistes? Par la méme occasion, amenez ici tous les
gueux des ponts et des carrefours. »
Marcolphe. Que disaient è cela les croisiers ?
Phèdre. Ils demandaient à leur tour comment avait
marché le char de l’Église quand il n’y avait point
d’ordre mendiant, puis quand il y en eut un et ensuite
trois. « Quant au nombre des évangélistes, disaient-ils,
il n’a pas plus de rapport avec nos ordres qu’avec un
dé qui présente quatre angles. Qui a admis les augustins
et les carmes dans l’ordre des mendiants? Quand saint
Augustin, quand saint Elie ont-ils mendié? Ils en ont
pourtant fait les fondateurs de leurs ordres. » Les croi¬
siers débitérent d’une voix tonnante ces paroles et plu¬
sieurs autres; mais, ne pouvant supporter seuls le choc
de quatre armées, ils se retirèrent en proférant d’hor¬
ribles menaces.
Marcolphe. Alors du moins la tranquillité reparut.
Phèdre. Du tout, cette coalition contre le cinquième
ordre se changea en un combat de gladiateurs. Le
franciscain et le dominicain soutenaient que les augus¬
tins et les carmes n’étaient pas de vrais mendiants,
mais des bâtards et des substitués. Cette dispute
s’échauffa tellement que je craignis tout de bon qu’on
n’en vint aux mains.
Marcolphe. Le malade endurait-il tout cela ?
Phèdre. Cela ne se passait pas vers son lit, mais
dans une pièce contigué à sa chambre; néanmoins
toutes les voix arrivaient à lui, et l’on ne chuchotait
pas, la comédie se jouait à plein gosier ; vous savez
d’ailleurs que les malades ont l’oreille très-fine.
Marcolphe. Quelle fut enfin l’issue de la guerre ?