Phèdre. Le curé, en apprenant que le malade s’était
confessé à un franciscain, refusa d’accorder le sacre¬
ment de l’extréme-onction, l’eucharistie et la sépulture,
s’il n’entendait de ses propres oreilles la confession du
malade ; disant qu’il était le curé, qu’il devait rendre
compte au Seigneur de ses ouailles, et qu’il ne le pour¬
rait pas si lui seul ignorait les secrets de leur con¬
science.
Marcolphe. Ne trouva-t-on pas qu’il disait vrai?
Phèdre. Pas les moines. Ils protestèrent tous éner¬
giquement, surtout Bernardin et le dominicain Vincent.
Marcolphe. Quelle raison donnèrent-ils ?
Phèdre. Ils accablèrent le curé de grosses injures,
lappelant plusieurs fois âne et pasteur digne de con¬
duire des pourceaux. « Moi, dit Vincent, je suis ba¬
chelier formé en théologie sacrée, je serai bientôt licen¬
cié et même décoré du titre de docteur ; toi, tu sais à
peine lire l'Évangile, tant s’en faut que tu puisses
scruter les secrets de la conscience. Puisque tu es si
curieux, va-t’en voir chez toi ce que font ta concu¬
bine et tes bâtards. » Il ajouta une foule d’autres
choses que j’ai honte de rapporter.
Marcolphe. Que dit le curé? Resta-t-il muet ?
Phèdre. Muet? On eût dit une cigale saisie par
Paile. « Moi, dit-il, je ferai avec de la paille de fèves
des bacheliers bien meilleurs que toi. Les fondateurs
et les chefs de vos ordres, saint Dominique et saint `
François, où ont-ils appris la philosophie d'Aristote,
les arguments de saint Thomas et les théories de Scot?
où ont-ils reçu le titre de bachelier? Vous vous êtes
introduits dans le monde encore crédule ; vous étiez