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38 L'ELOGE De La Fozrr. Je fuis, & je vous en fais Juges, je ſuis cette vraye (1) Donneuſe de biens , qu’on apelle partout la FOLIE. Mais, qu’étoit-il befoin de le dire? Nai-je pas le vifage parlant ? Ne portaije pas écrit {ur le front tout ce que je fuis ? Si quelqu'un fe méprenoit affez groiliérement pour foutenir que je fuis Minerve, ou la Sagefle, il n’a qu'à me regarder fixement: il me connoitra dabord, & a fond, fans que jemploye les paroles pour faire connoitre ce que je fuis. Il n'y a chez-moi, ni fard, ni deguifement: telle je pasois, telle je ſuis dans Pame; toujours ſemblable a moi-méme. Cela eft fi vrai, que ceux de mes Sujets qui, fous le mafque de la Sagefle, voudroient pafler pour fages, ne fauroient me cacher: ce {ont des Singes vêtus de pourpre; ce font des Anes couverts de (2) la peau du Lion; quelque foin qwils aportent a fe contrefaire, on fe s’y trompe jamais; de quelque endroit qu'on les regarde, une paire d’orcilles éminentes découvre toujours fon Midas. En vérité, cette Race mafquée, ces Fourbes, font coupables d’une lâche &noire ingratitude! Ils font engagés très avant dans notre Parti, & ils ont honte d’en porter le nom chez le vulgaire: ils vont mème plus loin ; ils reprochent ce nom aux autres, comme une infamie, & comme un deshonneur- Puisqu’il eft donc vrai que, quoique trés fous, ils prétendent étre reputés des Sages (1) Donneufe de biens. ) Ceft ainfi qu Homere nom mioit fouvent fes Diettx. (2) L'Ane de la Fable fut reconnu par fes oreilles.