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34 L ELOGE DE LA FOLIE. qu'il fait en être infiniment éloigné; qui orne la Corneille de plumes étrangères; qui s'efforce de blanchir la peau de lEthiopièn ; enfin, qui par fa Rhétorique, comme par une efpèce de Magie, fait beaucoup de peu , & transforme l Mouche en Eléphant. Mais à quoi bon tant babiller ? Pour revenir fur mon chapitre, je fais ce que dit lé Proverbe: N'y a-t-il perfonne qui te loue? Tu as raiſon de te louer toi-même. > À vous parler franchement, Meflieuts, je ne puis affez admirer le procedé des hommes à mon égard. Eft-ceingratitude? Eft-ce nonchalance ? Je n'en fai rien, demandez leur. Ils ont de l'affection & de Pattachement pour moi; ils recoivent volontiers mes bienfaits; jai tout fujet de me flater que je fuis leur meilleure amie : avec tout cela, depuis que le Monde eft Monde, s'eft- il jamais trouvé un feul homme qui ait daigné célébrer ma gloire, & compofer mon Eloge ? On a écrit en faveur des plus indigñes ſujets. Les Bufiris, (1) les Phalaris , la Fievre quarte , la Mouche, la Téte chauve, tant d’autres peftes de cette nature-la ont eu des Apologiftes qui ont confacré leurs veilles à les illuſtrer: mals pour moi, pour la pauvre Folie, rien. Je fuis donc réduite 4 me louer moi-méme, & c'eſt ce que je vais faire. Ce ſera ſur le champ, au moins, & ſans aucune préparation ; tant mieux, j'en mentirai moins. N'allez pas vous imaginer qu'il y ait de l’oftentation, dela hab. erie dans mon fait: je ne fuis pas comme la plupart (1) Lucien a fait ? Apologie de Phalaris,