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58 LES MENDIANTS RICHES Conrad. Que diriez-vous si votre femme mettait votre habit? L’Aubergiste. Je ne lui dirais peut-étre pas de mal, mais je lui assènerais de bons coups de bâton. Conrad. Cependant l’habit importe peu. L’Aubergiste. Dans ce cas, il importe beaucoup. Conrad. C’est tout naturel, car les lois des paiens punissent l’homme et la femme qui revêtent les habits d’un sexe différent. L’Aubergiste. Et avec raison. Conrad. Maintenant, si un vieillard octogénaire s’habillait comme un jeune homme de quinze ans, et si, au contraire, un jeune homme s’habillait comme un vieillard, tout le monde ne dirait-il pas que ce fait mériterait la bastonnade? Ou bien si une vieille femme se parait comme une jeune fille, et réciproquement? L’Aubergiste. Assurément. Conrad. Il en serait de même si un laïque prenait les habits d’un prêtre, et un prêtre ceux d’un laïque. L’Aubergiste. L'un et l’autre commettraient une inconvenance. Conrad. Si un particulier revêtait les ornements d’un prince, et un simple prêtre ceux d’un évêque, ne blesseraient-ils pas les convenances? L’Aubergiste. Oui. Conrad. Si un bourgeois s’habillait en soldat, avec le panache et les autres insignes de la folie de Thrason !? L’Aubergiste. On se moquerait de lui. Conrad. Si, parmi les soldats, l’Anglais portait une 1. Personnage de l'Eunuque de Térence.