L’Aubergiste. Parce que vous portez vos dents par¬
tout et que vous ne portez d’argent nulle part. Des
hòtes de ce genre me déplaisent souverainement.
Conrad. Est-ce que nous ne travaillons pas pour vous?
L'Aubergiste. Voulez-vous que je vous montre com¬
ment vous travaillez?
Conrad. Montrez.
L’Aubergiste. Regardez ce tableau tout prés de vous
à gauche. Vous y voyez un renard qui préche, mais
derrière lui une oie sort la téte hors de son capuchon.
Vous voyez ensuite un loup qui absout un pénitent,
mais on voit paraitre un quartier de mouton caché
sous sa robe. Vous voyez un singe en habit de fran¬
ciscain qui assiste un malade; d’une main il présente
la croix, et de l’autre il fouille dans la bourse du
malade.
Conrad. Nous ne disconvenons point que cet habit
ne cache quelquefois des loups, des renards et des
singes; nous avouons même qu’il cache souvent des
porcs, des chiens, des chevaux, des lions et des basi¬
lics; mais il recouvre aussi bien des honnêtes gens. Si
l’habit ne rend pas meilleur, il ne rend pas plus mau¬
vais. IL est donc injuste de juger des gens sur l’habit;
autrement l’habit que vous mettez quelquefois serait
exécrable, parce qu’il est porté par des voleurs, des
assassins, des empoisonneurs et des adultères.
L’Aubergiste. Passe pour l’habit, si vous me payez.
Conrad. Nous prierons Dieu pour vous.
L’Aubergiste. Je le prierai pour vous 4 mon tour, et
nous serons quittes.
Conrad. Mais il ne faut pas recevoir de toutes mains.