secrets magiques à l’aide desquels je conserve ma jeu¬
nesse; maintenant, que Polygame nous raconte, avec
autant de franchise, comment il a amassé tant de vieil¬
lesse.
Polygame. En vérité, je ne cacherai rien à des amis
aussi sincères.
Eusèbe. Ce que vous leur direz ne sera pas non
plus répété.
Polygame. Lorsque je vivais à Paris, vous savez
tous combien j'étais peu ennemi d’Épicure.
Eusèbe. Nous nous le rappelons parfaitement, mais
nous pensions que vous aviez laissé à Paris ces mœurs
avec votre jeunesse.
Polygame. Parmi les nombreuses maîtresses que
j'avais eues là, j'en emmenai à la maison une qui était
enceinte.
Eusèbe. A la maison paternelle ?
Polygame. Tout droit; mais je la fis passer pour
la femme d’un de mes amis qui devait venir bientôt.
Glycion. Votre père le crut-il ?
Polygame. Non, il se douta de la vérité au bout de
quatre jours et me fit de violents reproches. Cela ne
m’empêcha pas de me livrer à la table, au jeu et autres
vices. Bref, comme mon père ne cessait de me gour¬
mander, disant qu'il ne voulait pas nourrir chez lui
de telles poules et me menaçant de me déshériter, j’émi¬
grai : le coq et sa poule s’en allèrent ailleurs; elle me
fit quelques poussins.
Pampire. Quels étaient vos moyens d'existence ?
Polygame. Ma mère me donnait quelque argent en
cachette, et, en outre, j’ai contracté une masse de dettes.