Du moins il n’est pas de chagrin, si vif qu’il soit, que
je laisse coucher avec moi.
Eusèbe. Il n’est pas étonnant que vous ne vieillissiez
point, avec un tel caractère.
Glycion. Et, pour ne rien cacher devant mes amis,
j'ai surtout pris garde de ne commettre aucune action
dont moi ou mes enfants eussions rougi, car il n’y a
rien de moins en repos qu’une mauvaise conscience.
Si j'ai commis quelque faute, je ne vais pas me cou¬
cher avant de m’étre réconcilié avec Dieu. La base de
la véritable paix ou, pour parler grec, de la tranquillité
d'esprit, consiste à être bien d’accord avec Dieu. A qui
vit de la sorte les hommes ne peuvent guère nuire.
Eusèbe. La crainte de la mort ne vous tourmente¬
t-elle pas quelquefois ?
Glycion. Pas plus que le jour de ma naissance ne me
tourmente. Je sais qu’il faut mourir : cette inquiétude
m'ôterait peut-être quelques jours de vie; certainement
elle ne saurait men donner un de plus. Je laisse donc
tout ce soin-là au Ciel; pour moi, je n’ai d’autre souci
que de vivre bien et agréablement. Or on ne peut
vivre agréablement sans vivre bien.
Pampire. Pour moi, je serais mort d’ennui si j’avais
demeuré tant d’années dans la même ville, lors même
que j'aurais eu le bonheur de vivre à Rome.
Glycion. J'avoue que le changement de lieu a son
charme ; mais si les longs voyages développent peut¬
être. l'intelligence, ils offrent beaucoup de dangers. Je
trouve plus sûr de faire le tour du monde sur une carte
géographique et de voir dans les histoires infiniment plus
de choses que si, à l'exemple d'Ulysse, je voltigeais