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26 L’ENTRETIEN DES VIEILLARDS

obtenir de plus importantes; j’en ai choisi une qui est
assez honorable pour me préserver du mépris et qui
ne m’expose pas au tracas des affaires. De cette facon,
on ne peut pas me reprocher de ne vivre que pour
moi, et je suis à même d’obliger de temps en temps
mes amis. Content de cette charge, je n’en ai jamais
ambitionné d'autre. Je m’en suis acquitté de manière
à l’ennoblir par moi-même; je trouve cela plus beau
que d'emprunter son mérite à l’éclat de sa charge.

Eusèbe. Rien n’est plus vrai.

Glycion. J’ai vieilli ainsi parmi mes concitoyens, aimé
de tous.

Eusèbe. C’est pourtant très-difficile, puisque l’on
prétend avec raison que celui qui n’a point d’ennemi
n’a point d’ami, et que l’envie est toujours la compagne
du bonheur.

Glycion. L’envie s’attache généralement au bonheur
extraordinaire : la médiocrité en est exempte. Je me
suis constamment appliqué à n’acquérir aucun avan¬
tage au détriment des autres. J’ai adopté pour principe,
autant qu’il m’a été possible, ce que les Grecs appellent
l’éloignement des affaires. Je ne me suis mélé d’aucune
affaire, mais je me suis surtout tenu en dehors de celles
qui ne pouvaient se traiter sans faire du tort è bien des
gens. Ainsi, lorsqu’il s’agit de rendre service è un
ami, je le fais sans me créer pour cela un ennemi. S’il
me survient des démélés avec quelqu’un, je les aplanis
par une justification, je les éteins par de bons offices,
ou je les laisse s’assoupir en dissimulant. Je m’abstiens
de tout procès; s'il s’en présente, jaime mieux sa¬
crifier l’objet du litige que l’amitié. Je joue en tout