Pampire. La cause? C’est que l’un n’a pas avancé et
s’est arrêté dans sa course, tandis que l’autre a pris les
devants.
Eusèbe. Oh! les hommes ont beau s'arrêter, les
années ne s’arrétent pas.
Polygame. Dites-nous, franchement, Glycion, com¬
bien comptez-vous d’années?
Glycion. Plus que de ducats.
Pampire. Combien donc?
Glycion. Soixante-six.
Eusèbe. C’est bien là ce qu’on appelle la vieillesse de
Tithon.
Polygame. Par quel secret avez-vous donc retardé
la vieillesse? Vous n’avez ni un cheveu blanc ni une
ride; vos yeux sont vifs; vous avez deux belles rangées
de dents; votre teint est coloré, votre corps est plein
de santé.
Glycion. Je vous dirai mon secret, à la condition que
vous me raconterez à votre tour comment vous avez
fait pour accélérer la vieillesse.
Polygame. Je vous le promets. Dites-moi, où êtes¬
vous allé en quittant Paris?
Glycion. Tout droit dans mon pays. Après y avoir
passé près d'un an, je me mis à songer au choix d’un
état, ce qui, selon moi, est de la plus haute impor¬
tance pour le bonheur de la vie. J’envisageais les avan¬
tages et les inconvénients de chaque position.
Polygame. Je m'étonne que vous soyez devenu si
raisonnable, car à Paris il n’y avait rien de plus léger
que vous.
Glycion. Cela tenait à l’âge. Il est vrai, mon bon