Eusèbe. Je vous salue tous à la fois, amis également
chers. Quel dieu ou quel hasard plus favorable qu’un
dieu nous a réunis? Nous ne nous sommes pas vus, je
crois, depuis quarante ans. Mercure, avec son ca¬
ducée, ne nous aurait pas mieux rassemblés. Que faites¬
vous là?
Pampire. Nous sommes assis.
Eusèbe. Je le vois, mais pourquoi faire?
Polygame. Nous attendons une voiture qui nous
mènera à Anvers.
Eusèbe. A la foire?
Polygame. Oui, mais en spectateurs plutôt qu’en
acheteurs. Du reste, chacun a ses affaires.
Eusèbe. J’y vais aussi. Mais qui vous empêche de
partir?
Polygame. Nous ne nous sommes pas encore en¬
tendus avec les cochers.
Eusèbe. Ce sont des gens peu traitables. Voulez¬
vous leur jouer un tour».
Polygame. Je le voudrais bien si je le pouvais.
Eusèbe. Faisons semblant de vouloir nous en aller à
pied.
Polygame. Is croiront plutôt que les écrevisses vo¬
leront que de penser qu’à notre âge nous puissions
faire à pied une pareille route.
Glycion. Voulez-vous un sage et bon conseil ?
Polygame. Très-volontiers.
Glycion. Ils boivent; plus ils boiront, plus il sera à
craindre qu’ils ne nous versent quelque part dans la
boue.