ame agitée sans cesse par les remords, sans espoir de
pardon.
Aule. Croyez-vous cela sincérement et tout de bon?
Barbat. Je le crois si fermement que je suis moins
certain que nous nous entretenons tous deux.
Aule. Pour moi, quand j'étais à Rome, je n’ai pas
toujours trouvé des croyants aussi sincères.
Barbat. De plus, en cherchant bien, vous trouverez
ailleurs quantité de gens qui sont incrédules.
Aule. Puisque vous pensez comme nous sur tant de
points difficiles, qui empêche que vous soyez tout à
fait des nôtres ?
Barbat. C’est ce que je voudrais savoir de vous : car
il me semble que je suis orthodoxe, et quoique je
n’aille pas jusqu’à vouloir sacrifier ma vie à mes prin¬
cipes, je fais néanmoins tout mon possible pour que
ma conduite réponde à ma croyance.
Aule. D’où vient donc cette grande guerre entre
vous et les orthodoxes ?
Barbat. Demandez-leur. Mais dites-moi, mon mé¬
decin, si ce prélude ne vous déplaît point, vous dînerez
avec nous, et après dîner vous me questionnerez à
loisir sur chaque point. Je vous présenterai mes deux
bras, vous examinerez mes excréments soit solides,
soit liquides; enfin vous ferez, si bon vous semble,
Panatomie de ma poitrine, afin de diagnostiquer plus
sûrement.
Aule. Mais la religion défend de manger avec vous.
Barbat. Cependant les médecins mangent volontiers
avec leurs malades afin d’observer en quoi leur appétit
se montre ou fait défaut.