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XXII LETTRE A POLOGETIQU E Dorpius, qui donc a enseigné a votre candeur à calomnier d'une manière aussi perfide? ou, ce qui me paraît plus vraisemblable, quel est le fourbe qui a abusé de votre simplicité pour ourdir contre moi cette calomnie? Ces calomniateurs si dangereux ont pour habitude de détacher deux mots, pris isolément, souvent méme défigurés, en omettant tout ce qui adoucit et explique la rudesse du langage. Quintilien, dans ses Institutions, signale et enseigne cette ruse. « Il faut, dit-il, produire notre cause de la facon la plus avantageuse, en accumulant les preuves et en y joignant tout ce qui peut l’adoucir, l’atténuer et la seconder; au contraire, il faut exposer celle de la partie adverse sans rien de tout cela, et dans les termes les plus odieux qu'il nous sera possible. » Cet art; ils ne l'ont pas puisé dans les préceptes de Quintilien, mais dans leur malveillance. Aussi il arrive souvent que tel passage qui, cité textuellement, causerait un plaisir extrême, étant présenté sous un autre aspect, devient très-offensant. Relisez, je vous prie, ce passage, et examinez bien par quelle gradation, par quel enchainement du discours, Jai été amené a dire que cette félicité était une espèce de folie. Remarquez, en outre, l'explication que je donne : vous verrez que cet endroit, loin de contenir rien de choquant, ne peut que charmer des oreilles vraiment pieuses. Le scandale est dans votre citation, et non dans mon livre. En effet, la Folie, voulant ranger sous sa domination le monde entier et prouver que tout le bonheur du genre humain dépend d'elle, parcourt toutes les conditions sociales, jusqu'aux rois et aux souverains pontifes. Elle passe ensuite aux apô