din ne réussit pas moins que le sérieux : « Qui em¬
péche un plaisant, écrit-il, de dire la vérité! » Si les
hommes les plus sages d'autrefois se sont plu à exposer
les meilleurs préceptes de conduite dans des fables en
apparence ridicules et puériles, c'est qu'ils savaient
qu'en embellissaït par l'attrait du plaisir la vérité, un
peu austère par elle-même, elle pénètre plus aisément
dans l'esprit des mortels. C'est la ce miel que, dans
Lucrèce, le médecin, pour guérir Penfant, applique
autour d'une coupe d'absinthe. Les princes, en intro¬
duisant jadis dans leurs cours cette espèce de fous, ont
voulu, grâce à une liberté de langage dont personne
ne s offensait, connaître leurs défauts et s'en corriger.
Peut-être serait-il inconvenant de faire figurer Te
Christ dans cette énumération; mais, s'il est permis de
comparer en quelque sorte les choses du ciel à celles
de la terre, ses paraboles n'ont-elles pas un trait de
ressemblance avec les fables des anciens? La vérité
évangélique, ornée de cette parure, se glisse douce¬
ment dans les cœurs et y pénètre bien mieux que si elle
se présentait toute nue. C'est ce que saint Augustin dé¬
montre éloquemment dans son ouvrage de la Doctrine
chrétienne.
En voyant à quel point l'esprit des hommes était gaté
par les opinions les plus déraisonnables, et cela dans
toutes les conditions de la vie, je souhaitais un remède
sans trop l'espérer. Je crus donc avoir trouvé le moyen
de gagner par cet artifice les oreilles délicates et de
guérir tout en plaisant. J'avais remarqué bien des fois
que cette facon agréable et badine d'admonester réussit