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D’ÉRASME AG: DORPIUS III

appellent immortalité la réputation qu'on laisse après
soi, et vertu l'amour de l'étude. Dans tous les livres
que j'ai publiés, je n'ai pas eu d'autre intention que de
me rendre utile par mon travail. A défaut de ce résul¬
tat, j'ai tenu du moins à ne causer de tort à personne.

Aussi, tandis que nous voyons méme de grands
hommes abuser de leur savoir pour satisfaire leurs
passions : lun chanter ses amours ridicules, l'autre
Jlatter ceux qu'il veut amadouer ; celui-ci, insulté, ri¬
poster à coups de plume; celui-là se faire sa trompette
et surpasser, en célébrant ses louanges, les Thrasons
et les Pyrgopolinices; néanmoins, malgré mon peu de
talent et mon mince savoir, J'ai toujours visé à être
utile autant que je le pouvais, ou du moins à ne blesser
personne. Homère a vengé sa haine contre Thersite
par une sanglante hypotypose. Combien de gens Platon
n'a-t-il pas blessés dans ses Dialogues en les désignant
par leurs noms? Aristote a-t-il ménagé quelqu'un, lui
qui n'a épargné ni Platon, ni Socrate? Démosthènes
s'est répandu en invectives contre Eschine. Cicéron en
a fait autant contre Pison, contre Vatinius, contre
Salluste, contre Antoine. Que d'individus Sénèque
raille et censure en les nommant! Si nous envisageons
les modernes, Pétrarque contre un médecin, Laurent
contre Pogge, Politien contre Scala, ont fait une
arme de leur plume. Pourrait-on m'en citer un seul
parmi les plus modérés qui mait froissé personne dans
ses écrits? Saint Jéréme lui-méme, avec toute sa piété
et Sa sagesse, n'a pu s’empécher de prendre feu contre
Vigilance, d'attaquer durement Jovinien et de se dé¬

chainer contre Rufin. Les savants ont toujours eu pour