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52 ERASME.
parti d’église et de laicat que le pape lui avait permis
de porter, ce nest pas qu'il s’en fit un scrupule
religieux , c’est plutôt qu'il craignait d'être une occa¬
sion de scandale !. «J’ai été malheureux en beaucoup
de choses, écrit-il à un ami, mais en cela surtout,
qu’on m’a poussé dans un état pour lequel j'avais
toutes sortes de répugnances de corps et d’esprit. J'au¬
rais pu être compté, non-seulement parmi les gens
heureux, mais encore parmi les gens de bien, s

j'avais
été libre de choisir un genre de vie à mon goût.»

Il gardait aux moines la rancune d’un homme auquel
ils avaient ôté la disposition de soi, et imposé pour tout
le reste desa vie une situation fausse qui l’avait forcé de
se craindre lui-même, de suspecter ses penchants les
plus chers, de surveiller les plus belles qualités de son
esprit, et de scandaliser quelquefois par le contraste
de son habit et de ses idées, de ses liens religieux ctde
sa liberté philosophique, ceux qu’il aurait édifiés par
la convenance d’une vie ordonnée selon son caractère
et sa vocation. Cette rancune le rendit amer, ironi¬
que, quelquefois injurieux, lui qui était d’un caractère
si doux, et qui savait garder dans ses querelles plus de
mesure même que ne lui en demandaient la gros¬
sièreté du temps et le cynisme de la langue latine;
mais ce qui est bien plus fort, elle lui donna de l’ar¬
deur et du courage, à lui qui s’avouait médiocrement
brave, ct qui écrivait à Colet, avec une candeur que
j'aime bien mieux que les vanteries des faux braves,
«qu'il avait l’âme intègre, mais pusille», mot latin

' Lettre à Servatius,