OCR
28 ÉRASME. « Tirez de la marquise tout ce que vous pourrez, écrivait-il à Battus ; arrachez, grattez; j'en ferai autant de mon côté. Je sens combien ce conseil est honteux et répugne à mon caractère; mais le besoin me force à essayer de tout. » Mais Battus n’obtenait rien; son rôle était difficile. Il était précepteur chez la marquise, et apparemment mal payé, à cause du désordre des affaires; il avait à penser à lui avant de penser à son ami. Érasme recourut à la rhétorique ; il écrivit à la marquise de Wéere une lettre calculée pour l'effet. I s'était frotté le front, dit-il, il avait fait taire ses scrupules, son caractère, cette pudeur virginale qui sied à Phomme de lettres; il avait fléchi sous la nécessité. La flatterie intéressée l’inspirait mal. Cet homme, si habile à tourner un compliment librement donné, qui savait relever les gens sans se rabaisser lui-même, à peu près sur le ton de Voltaire écrivant aux souverains, est plat et prétentieux quand ses flatteries sont des demandes d'argent. Mais est-ce la faute de celui qui demande ou de celui qui ne tient pas ce qu’il promet? La marquise de Wéere, qui folåtrait tout à l'heure avec un amant, la voilà devenue vierge. Lisez le passage qui explique cette métamorphose : « Je vous ai envoyé, à vous qui vous appelez Anne, une hymne que j'ai composée en l'honneur de votre patronne sainte Anne; ces vers sont de ma jeunesse, car, dès mes premières années, j'ai rendu un culte tendre à cette sainte. J'ai joint à ces vers quelques prières de mon invention, qui pourront vous servir comme d'enchantements magiques pour faire des