OCR
ÉRASME. 27 lavait fait des pertes d'argent, lui qui en ayait si peu à perdre. Dans un voyage qu'il fit en Angleterre , il avait emporté avec lui une assez bonne somme, fruit de ses ouvrages; mais arrivé à Douvres, on lavait obligé de vider ses poches : les lois somptuaires du pays, ou plutôt la douane de pirates qu’on décorait de ce nom, interdisaient l'entrée en Angleterre de l’argent étranger jusqu'à concurrence d’une certaine somme. Ses amis d'Angleterre étaient venus à son secours, et après quelque séjour parmi eux, il était parti pour s'embarquer à Douvres, et de là retourner à Paris, à son Paris bien-aimé, comme il l'appelle quelque part. Il portait sur lui quelques angelots d’or dans une bourse de cuir. Le temps était gros. Érasme était monté dans une barque pour gagner le vaisseau que les bas fonds tenaient éloigné de quelques brasses de la côte. La barque ayant chaviré, il était tombé dans la mer, et en avait été retiré plus nu et plus pauvre qu'après la visite des douaniers anglais : ses angelots d’or étaient restés au fond de l’eau. D’autres malheurs l'attendaient sur le rivage de France. Il s'était fait prêter quelque argent pour aller de Calais à Paris. Comme il cheminait à dos de cheyal, dans la compagnie d’un Anglais, sur la route d’Amiens, des voleurs lui avaient fait la conduite pendant plus d'un jour, flairant s’il était de bonne prise : mais cette fois sa pauvreté l’avait bien servi ; les voleurs, s'étant aperçus qu'il était pauvre, n’a~ vaient pas voulu l'assassiner pour si peu. Érasme leur avait ôté toute tentation en se laissant prendre le peu qui lui restait. Toutes ces pertes l'avaient réduit :