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ne 24 ÉRASME. dre et en Hollande, fuyant devant le fléau, qui parcourait l'Europe en tous sens, tombant où on ne l’attendait pas, ne venant pas où on l’attendait. On était sur la fin du quinzième siècle. Érasme approchait de trente ans. Ses premiers écrits, ses lettres, l'avaient mis en renom ; c'était à qui le protégeraitet lui offrirait des pensions, sauf à n’en payer que le premier mois. Il avait trouvé du même coup la célébrité et la pauvreté. Il donnait des leçons çà et là, et vivait de leur produit; mais quand les lecons manquaient, il fallait bien qu’il implorat ses protecteurs, et qu’il leur demandat comme une charité ce qu'il aurait pu exiger comme une dette. Les protecteurs ne répondaient pas ou répondaient qu’ils n’avaient rien, ou recommandaient Érasme à leur intendant, qui gardait les arrérages pour lui. Plus d’une fois, Erasme fut obligé de prendre le ton d’un mendiant, et d’étaler sa pauvreté comme les mendiants étalent leurs plaies, faisant ayec sa rhétorique ce que ceux-ci font avec leurs membres mutilés, ou bien forçant son esprit à d’incroyables tours de flatterie, pour tirer de la vanité de ses patrons largent qu'il m'aurait pu obtenir de leur loyauté. C'était de la rhétorique de nécessiteux, fausse, misé* rablement éloquente, où Pesprit mendiait pour le ventre. Ces flatteries même ne réussissaient pas toujours : alors il s'irritait, il ’emportait contre des patrons qui s'étaient donné gratis le relief de protecteurs des lettres, et qui laissaient croupir leur protégé dans le besoin. I1se dédommageait, dans ses lettres à quelques amis, des humiliations où on l’obligeait de descendre, et se donnait le tort: de calomnier par derrière