Dans le colloque Virgo mots, (la vierge ennemie
du mariage), qui est si clair et si touchant, malgré son
titre grec, Eubulus (+ #4), l’homme de bon conseil,
fait une promenade aprés diner, avec Catherine, la
jeune fille qui ne veut pas se marier. On est au prin¬
temps, dans la saison des fleurs; Catherine est triste, la
douce joie qui paraît répandue sur toute la nature n’est
pas dans son cœur. Eubulus en veut savoir la cause :
« Voyez cette rose, dit-il, dont les corolles se contrac¬
tent à l'approche de la nuit; tel est votre visage. » Ca¬
therine sourit : «Allez plutôt vous regarder dans cette
fontaine », continue Eubulus. Pourquoi donc Cathe¬
rine est-elle triste ? Elle vient d’avoir dix-sept ans; elle
est belle, la santé brille sur son visage; elle a une
bonne réputation, de l’esprit, toutes les graces de
l’âme qui font valoir celles du corps; ses parents sont
de bonne maison, probes, riches, tendres pour leur
fille; Eubulus ne demanderait pas à Dieu une autre
épouse, si son astre lui permettait d'y prétendre. « Et
moi, dit Catherine, je ne voudrais pas d’un autre époux,
si je ne haïssais pas le mariage. » D’ou vient donc cette
haine? Catherine est engagée : à qui? à Dieu. Dès sa
plus tendre jeunesse, elle a rêvé d'être sœur dans un
couvent de nonnes; ses parents ont d’abord résisté à
son penchant; mais, à force de prières, de caresses, de
larmes, elle a obtenu qu'on la laisserait libre, si, à dix¬
sept ans, elle y persistait encore. Ses dix-sept ans sont
venus; mais voici que ses parents refusent de tenir
leur promesse; c’est là ce qui la rend triste; elle en
mourra, si on ne cède pas à ses voeux.
Eubulus s’informe d'où elle a pris ce goût pour le