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ERASME. 15 le cou, comme l'agneau du sacrifice, et on lui jeta l’habit. Ce point obtenu, on continua les bons traitements et les caresses. Une année tout entiére se passa, sans de vifs regrets de sa part. Mais peu à peu le régime changea; il s'aperçut alors que ni son corps ni son âme ne s’accommodaient de la vie du couvent. Il y voyait les études délaissées ou méprisées. Au lieu d’une vraie piété où il aurait eu du goût, c'étaient des chants et des cérémonies sans fin. Ses frères les moines étaient pour la plupart des hommes lourds, ignares, adonnés au ventre, disposés à opprimer quiconque, parmi eux, montrait un esprit délicat, et plus de penchant pour l’étude que pour la table. Le plus robuste de corps y était le plus influent. Érasme n’avait plus qu'un espoir, espoir assez triste: c'était d'être préposé quelque jour à un couvent de filles, place où il fallait beaucoup boire, et qui n’était pas sans danger pour la chasteté ; outre qu'on était exposé, sur le retour de l'âge, à se voir renvoyé dans le couvent d’où l’on était sorti, et remplacé par un prieur plus jeune et plus propre à toutes les fatigues de la place. On l'avait d'abord exempté du jeûne; bientôt on l'y astreignit. Or, il était d’un tempérament si exigeant sur le point dela nourriture , que si le repas était retardé d'une heure, le cœur lui manquait, et il s'évanouissait. Le froid le faisait beaucoup souffrir, ainsi que le vent, et pour quelques nuages de plus ou de moins qui passaient dans le ciel, tout son corps était troublé. Comment avoir chaud dans un couvent malsain, aux longs corridors humides, aux cellules mal closes? Érasme y était