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ÉRASME. 9 fense dans les ordres monastiques. Il comptait avec orgueil les recrues qu'il avait faites pour saint Francois, saint Dominique, saint Benoît, saint ‘Augustin, sainte Brigitte, et autres chefs et fondateurs de couvents. Quand les deux enfants furent en état d’étre envoyés aux universités, qu’ils surent passablement de grammaire et une bonne partie de la dialectique de Pierre d’Espagne, Guardian, craignant qu'ils ne prissent dans les universités des sentiments trop mondains, les fit entrer dans un couvent de fréres quéteurs, sorte de moines;«qu'onvoitnichés partout», dit Érasme, et qui se faisaient quelques revenus à instruire les enfants. C'était la coutume de ces moines, s’il leur tombait entre les mains quelque enfant d’un caractère vif et d'une intelligence précoce, de l’éteindre sous les mauvais traitements, les reproches, les menaces, et de le ployer peu a peu par l’abrutissement à la vie monastique. L'ordre des frères quêteurs fournissait des néophytes à tous les autres ordres, ce qui l'avait mis en grande faveur dans le monde monacal. Ces frères étaient d’ailleurs fort ignorants, vivant dans les ténèbres de leur institution, étrangers à toute science, passant à prier le temps qu'ils n'employaient pas à gronder et à fustiger les enfants, incapables d’enseigner ce qu'ils ne savaient pas, et remplissant le monde de moines grossiers et indoctes, ou de laïques mal élevés. Érasme et son frère vécurent deux années dans ce couvent, sous un maître illettré et d’autant plus tranchant, choisi, non par des juges compétents, mais par le général de l'ordre, qui en était souvent le